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5月17日 THE HORRORS "PRIMARY COLOURS"T H E H O R R O R S
"PRIMARY COLORS"
![]() The Horrors... franchement, je n'attendais rien d'eux après leur premier album, ce "Strange House" de 2007. dont le sous-titre ("Psychotic Sounds for Freaks and Weirdos"), le contenu et le look corbeau étudié de ses artisans sentaient un peu trop le calibrage froid et sans âme à mon goût. Et puis aussi ces cinq anglais au look androgyne représentaient tout ce que je ne suis pas, à savoir un jeune rocker batcave squeletique à la chevelure ébouriffante, le prototype même du vampire arrogant et intouchable.
Ouais, je dois avouer que j'étais un peu jaloux d'eux, de leurs surnoms débiles, de leurs dégaines d'oiseaux de nuit japonais et de leur disque, bric-à-brac de garage, post-punk, de cold wave et de psychobilly, mélangeant allégrement Bauhaus, Suicide, Marilyn Manson et The Cramps pour citer des artistes connus.
Gros buzz à l'arrivée, le groupe ne tarde pas à devenir hype à mort, faisant la une des magazines avec son look invraisemblable. Le clip de "Sheena Is A Parasite", shooté par ce cinglé de Mark Cunningham, en rajoutera une couche. Groupe dangereux, The Horrors ne convainc qu'à moitié sur scène, quand il n'annule pas un concert pour des raisons douteuses, ce dont la presse spécialisée française se fera l'écho. On leur taille vite un costard sur mesure (oubliant de mentionner la confection de petits fanzines et de compiles perso à l'intention de leurs fans et distribués durant leur tournée), groupe de sociopathes arrogants, imbus de leur personne et aveuglés par un succès aussi rapide qu'éphémère. Fin du premier round.
Deux ans plus tard, je travaille dans une triste chaîne de magasins de disques à l'agonie qui vient de se faire racheter par une ignoble entreprise de téléphonie. Nouvelle politique oblige, on ne reçoit qu'un exemplaire du second album de The Horrors, baptisé "Primary Colors".
Subjugué par la photo de pochette floue du groupe (le livret intérieur montrant le groupe au naturel, débarassé de tout artifice), prise par un vieux polaroid, qui me fait instantanément penser à "Pornography" de The Cure, mon album préféré de tous les temps, j'achète le disque sans même l'écouter. C'était il y a une semaine.
Après une trentaine d'écoutes je n'en reviens toujours pas de cette claque. La presse britanique non plus. C'est bien simple, s'il fallait résumer ce "Primary Colors", on ne pourait dire qu'une chose: le troisième et si longuement attendu album de Joy Division.
N'ayant encore rien lu sur eux (si ce n'est quelques critiques dythyrambiques qui parlent de révolution, de nouvel âge sombre et de la fin du monde..., je ne sais pas (et ne le saurait véritablement jamais) ce qui s'est passé dans la tête de ces jeunes gens. Mais, visiblement il y a eu une prise de conscience collective qui leur a fait réaliser et surtout admettre que continuer dans la droite ligne du premier album était non seulement une hérésie mais également une imposibilité. Soyons clair, un album comme "Strange House", sorte de soundtrack parfait d'Halloween chez les goths, on ne fait ça qu'une fois dans une carrière, à moins de tomber dans la carricature et devenir pour l'éternité un groupe de seconde zone.
Au fait, vous ai-je dit que ce disque est produit par Geoff Barrow de Portishead?
Ca calme, hein? J'aurai du commencer par ça.
L'album commence de manière très ambiant avec "Mirror's Image", les sons générés par Spider Webb ont gagné en subtilité, mais on ne s'attendait pas à une telle transformation. Le titre s'emballe au bout d'une minute et demie sur un roulement de tambour suivit d'une guitare malade, la voix de Faris Rotter surgissant de nulle part pour nous entraîner dans un ride nocturne qui va durer jusqu'à la fin. Un putain de titre de rupture qui parle d'ailleurs de rupture. On se croirait dans un film de david Lynch, les instrument surgissant telles des apparitions fantomatiques pour exécuter leur partie. Tout est à sa place et s'imbrique à merveille dans l'ensemble. A croire que le groupe joue en live au milieu d'un hangar à l'abandon.
"Three Decades"ne faiblit pas, les parties de clavier de Spider Webb semblant sortit d'un autre monde, ces dernières donnant une patine seventies totalement irréelle à l'ensemble, Rotter n'ayant qu'à appuyer le propos de sa voix pleine de fougue et de colère maîtrisée.
"Who can Say" (nouveau single qui tourne en ce moment) est également prodigieux par son apparent classicisme qui contrebalance avec son aspect noisy et terriblement anglais. les parties parlées de Faris Rotter sont absolument bouleversantes et les roses qu'il crache au visage du public absent dans le clip sont un grand moment de classe absolue. Mais une nouvelle fois, on est happé par les sonorités de Spider Webb, véritable magicien des claviers.
"Do You Remember" est une nouvelle occasion pour le génial Joshua Third de sortir quelques riffs classiques de sa guitare, donnant une belle giffle à tous les prétendus guitaristes de rock actuels.
Tout grand album de rock se doit d'avoir en lui un grand titre qui déchire le monde en deux. Sur "Primary Colors", il s'agit de "New Ice Age", une bombe atomique et hypnotisante qui monte crescendo dès le début pour exploser à nos oreilles dans un fracas digne de la fin du monde, sujet principal de l'exercice. Rotter. complètement déchaîné, se lâche enfin pour faire honneur à la fougue des quatre musiciens, unis comme un seul homme pour ce titre qui devrait logiquement rendre fou le public lors de ses prochains concerts.
Après une telle violence, il est logique de redecendre un peu, ce à quoi "Scarlet Fields" s'attache avec brio. La basse de Tomethy Furse se rappelle à notre bon souvenir, épaulée par le jeu de batterie tout en nuances de Coffin Joe, avant que la voix tranquille de Rotter ne vienne les rejoindre pour cet hymne nostalgique aux souvenirs qui se fanent.
Avec "I Only Think Of You", c'est du côté de Nick Cave et de ses mauvaises graines que The Horrors s'approche, la voix collant parfaitement à celle de notre ami australien, le son étant juste pervertit par la guitare agonisante de Third.
Il est temps de s'agiter de nouveau. "I Can't Control Myself", répété plusieurs fois dans les refrains, va dans ce sens, même si le titre ne démarre jamais vraiment, nous laissant un peu frustré.
Mais le titre éponyme de l'album se charge rapidement de nous consoler, nous entrainant dans un délicieux ride, poussant de nouveau l'album vers le haut.
Il est temps de conclure. "Sea Within A Sea" sera donc le dernier titre. L'orgue de Webb répond à la baguette de Coffin Joe durant ce qui semble une éternité. Puis la voix de Rotter se fait entendre à nouveau, reprennant ses faux airs de Ian Curtis. Le groupe joue la subtilité pour nous quitter, cherchant à nous emporter avec lui jusque dans la nuit. Autant dire que c'est réussi, cet album étant, et de loin, le disque le plus cohérent et ambitieux écouté depuis un certain "Third" de Portishead (tiens tiens...).
Sans le moindre doute pour moi déjà l'album de rock de l'année. Et nous ne sommes qu'en mai. Toute ma sympathie aux suivants, mais de sincères condoléances seraient plus appropriées il me semble.
FRAN
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